25 mars 2018

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L’art-thérapeute est un professionnel titulaire d’une certification de niveau II au Registre National des Certifications Professionnelles. Il exerce l’art-thérapie définie comme une méthode consistant en un processus de mise en mouvement de la parole, inscrit dans une relation transférentielle.

Ce processus ouvre un champ à la créativité, à une construction sur la base des moyens à disposition. C’est une façon métaphorique de faire avec.

Elle s’adresse à des personnes en souffrance psychique ou en situation de fragilité. Elle ne se substitue en aucun cas à un traitement chimio-thérapeutique ou une psychothérapie.

L’art-thérapeute a une fonction symbolique d’inscription du sujet, il est un lieu d’adresse possible. La mise en mouvement de la parole ouvre à une spatialité, un espace psychique nécessaire à une libération des tensions générant des souffrances. Le travail de l’art-thérapeute concerne le corps humain, lieu de ces tensions, liées à l’imaginaire, au sens du corps qui se tisse dans le langage, lui-même tramé dans les images, les représentations, la relation à l’autre. Le corps humain est articulé au symbolique et à l’imaginaire. Il est corps jouissant tissé dans les signifiants. Cette jouissance, tension liée à l’obscur objet du désir, est à métaphoriser pour stopper le sujet dans une course éperdue et mortifère.

L’art-thérapeute met le sujet face à un impossible,  il l’amène à faire limite à sa jouissance et l’en décoller. Le sujet est alors plus apte à souscrire à la dimension du manque, seule porte vers le désir. L’ordre phallique qui fait limite à la jouissance mortifère est parfois fragilisé, l’art-thérapeute participe de sa construction.

Ce qui insiste à se faire représenter, se répète. Des miettes de réel en attente de symbolisation, en attente d’un lieu où s’inscrire, peuvent trouver une expression dans un symptôme. L’art-thérapeute ne touche pas au symptôme, né de cet excès de jouissance, il ouvre un espace où ce reste peut se transformer, se symboliser, se poétiser. En ouvrant un espace de liberté au sujet, il lui permet l’écart nécessaire pour pouvoir se compter, se singulariser. En cela l’espace art-thérapeutique est un espace entre-deux, une autre scène où le sujet s’inscrit dans un processus qui lui permet de se recréer, se révéler.

Par les voies de détours qu’il emprunte, grâce au dispositif qu’il élabore et propose, il permet au sujet de se révéler à lui-même, d’une façon progressive, selon le temps psychique du sujet. Il laisse la place à l’avènement du sujet. Il ouvre une voie pour qu’un indicible, un inexprimable prenne figure. Cette figure devient présente par une absence qui se borde, qui se cerne. L’art-thérapeute fait accoucher de cette présence, invitant à en tracer les contours.

L’art-thérapeute ne prend pas la place du sujet et travaille dans un non dialogue : il s’abstient. Il est comme un miroir qui peut renvoyer son image au sujet s’il sait résister à la pénétration de la lumière qu’il reflète. C’est une barrière nécessaire, qui sépare et qui rend libre, car elle brise l’un fusionnel qui fait obstacle à l’altérité et donc à la singularité, au je.

L’art-thérapeute est en rétention de la signification. Il n’interprète pas. C’est cela qui permet au sujet la liberté des mouvements de sa parole, dans ses allers et venues libres, d’un présent vers un passé, d’un ici vers un ailleurs. Ce tâtonnement permet à l’incertitude, aux  hésitations, de faire émerger ce qui est enfoui, créée du jeu, comme un espace indispensable au mouvement psychique. Cette mise au jour reste dans l’intimité du sujet, en présence de l’art-thérapeute qui veille dans sa présence effacée. La rétention est nécessaire aussi à l’art-thérapeute lui-même qui, lui aussi, vit des hésitations et des élans contre-transférentiels. S’il les nie ou les cache, il ne peut pas les travailler et laisser l’espace libre au sujet. Ils seraient pour lui aussi refoulés.

L’art-thérapeute ne travaille pas dans la complaisance, ni dans la recherche de l’esthétique. Il respecte le sujet dans son intimité et ne fait en aucun cas intrusion dans la vie psychique de celui-ci. Il agit sur les conséquences, non sur les causes des souffrances d’un sujet.

Par son accueil et dans son manque, il ouvre à une rencontre qu’il désire. Il met tout en œuvre pour que puisse advenir un mouvement de la parole du sujet, la possibilité de déplacement de rouages psychiques. Il entend le son de ces mouvements. Il initie le processus qui créé du silence, afin que le sujet puisse prendre la parole, sa parole.

Parce qu’il sait attendre, il accueille les silences, les entend et invite l’autre à produire une trace. Il utilise un langage qui n’est pas seulement celui des mots, et par ses invitations, il permet des voyages entre différentes énonciations. Il entend les syllabes de l’inconscient, l’assemblage d’éléments qui, s’ils sont pris seuls, n’ont pas le même son. Ses invitations sont celles d’un voyage, d’une rêverie. Elles ouvrent à la poésie, c’est-à-dire à un espace d’invention, de créativité, d’œuvre à venir. Et aussi à un temps pour flâner, au sens étymologique du terme qui veut dire courir çà et là. Le sujet court ainsi çà et là, dans un champ psychique. Il s’ouvre à l’inattendu dans un tissage de liens fantasmatiques.

L’art-thérapeute travaille dans le champ du fantasme et grâce à ses outils, ramène le sujet à la réalité. Par le rythme des séances, par ses coupures, il ouvre des espaces entre les séances, qui sont les temps de construction psychique du sujet, dans un après-coup.

L’art-thérapeute est un chercheur autant qu’il est un bricoleur. Il invente, élabore, ne se lasse pas de ses rencontres, qu’il vit chacune comme unique et singulière et surtout, il tient sur son désir et se fait un devoir de répondre de sa pratique clinique.

Au regard de cette définition, voici ce que n’est pas l’art-thérapeute. Il n’est pas un médecin qui cherche à guérir, ni un psychothérapeute. Il n’est pas non plus rééducateur, ni médiateur artistique. Il travaille avec le transfert et l’éphémérité, sans recherche esthétique, ni objectif de production.

Pour exercer l’art-thérapie, voici les principaux outils de l’art-thérapeute.

Le dispositif : c’est un ensemble élaboré par l’art-thérapeute à partir de sa pratique et de ses recherches cliniques. Il se compose d’éléments physiques, sonores, odorants, visuels, tactiles, selon un assemblage à modalité infinie, car chaque dispositif est unique. Le dispositif est créatif et par son ouverture, large et poétique, il invite à un voyage psychique et à un mouvement. Cette invitation concerne un déplacement psychique et physique en ce qu’elle engage le corps tel que nous l’avons décrit dans la première partie de notre travail. Ainsi, dans son élaboration, l’art-thérapeute peut se servir d’objets de la vie quotidienne qu’il détourne de leur utilisation première, comme il peut inviter à se mettre en scène dans une séance d’arthéâtre-thérapie. Il a une infinie palette d’éléments, d’objets à sa disposition, pour que son dispositif repose sur l’éphémérité, qu’il ne fige pas le sujet dans une production mais lui permette de faire avec ce qui lui est proposé.

L’art-thérapeute veille à ne pas mettre les personnes qu’ils rencontrent en difficulté. Il travaille avec simplicité, pour favoriser l’émergence d’un sujet dans sa complexité.

Le dispositif est un outil qui fait tiers dans la relation transférentielle avec l’art-thérapeute qui l’élabore, le travaille à la façon d’un ouvrage remis sur le métier. Il est support de l’objet art-thérapeutique, objet psychique situé entre l’art-thérapeute et le sujet. Le dispositif renvoie à l’autre, comme le fait, pour l’enfant dans le couple fusionnel, celui qui est dans l’esprit de sa mère. C’est celui ou celle-là qui fait tiers. Ici nous pourrions dire que le dispositif peut être perçu comme celui qui est dans l’esprit de l’art-thérapeute.

Le transfert est ainsi une forme d’acte en réalisation. Ce mouvement intérieur peut s’exprimer par le bricolage, ou l’absence de bricolage avec le dispositif.

Le dispositif permet un mouvement autour d’un objet dans un espace symbolique et bien concret.  Il permet au sujet de bricoler là où l’agencement de ses identifications le fait souffrir, et lui rend accessible un espace de jeu possible, là où, préalablement, il n’y a pas suffisamment d’espace.

Le dispositif est un objet regardé par le sujet et par l’art-thérapeute, un objet commun. La répétition des séances amène le sujet, par identification à l’art-thérapeute, à construire une représentation de l’altérité, à reconnaître des différences symboliques. Il est aussi pour l’art-thérapeute un tiers qui vient en support à son non-dialogue.

L’espace art-thérapeutique, éclairé par la psychanalyse : c’est l’espace où s’installe le processus art-thérapeutique, où un objet psychique peut naître. Dans cet espace bien concret de la relation, se jouent des représentations transférentielles et contre-transférentielles. L’art-thérapeute, en s’en décalant, permet que s’initialisent des représentations de l’altérité, donc de la singularité du sujet. Dans cet espace, le sujet acquiert la possibilité d’être libre en présence d’un tiers. Il permet des ponts entre un ici et un là-bas, comme entre un dedans et un dehors, un maintenant et un avant, comme un présent et un passé. C’est un lieu de liaison du temps et de l’espace, de leur distorsion, un lieu de rencontre d’inconscients qui eux, ne connaissent pas le temps.

L’espace art-thérapeutique permet une présence où le regard de l’art-thérapeute ne dévisage pas, ne soumet pas à l’emprise par le regard, mais où il s’absente, où il préserve l’intimité du sujet.

Ce non savoir sur l’autre, permet au sujet, la découverte et la rencontre de lui-même. Il s’agit de maintenir une potentialité de situation de rêverie où le sujet est en présence de l’autre, sans réponse immédiate de celui-ci. Il s’agit encore de proposer un processus qui amène, à terme, le sujet à la prise de conscience qu’il est seul à en savoir sur lui-même. Tel un poète, il lie alors son réel à l’imaginaire et au symbolique et fait de son mieux avec son pire.

Le cadre. L’art-thérapeute exerce sa pratique clinique au sein d’un cadre solide et sécurisant. Ce cadre est un autre outil essentiel de l’art-thérapeute. Il est contenant, solide, sécurisant, par opposition aux effractions traumatiques. Le cadre contenant permet l’évasion, le cadre symbolisant permet la rêverie du sujet et celle de l’art-thérapeute qui peut se sentir seul sous le regard d’un autre. Comme le cadre, l’art-thérapeute peut être touché, mais pas détruit. Ce cadre est construit sur la tiercité que forment le sujet, l’objet et la représentation possible de leur relation, afin que l’absorption narcissique originelle et recherchée ne se reproduise pas.

Le cadre de l’art-thérapeute est exotique, il invite à s’imaginer être ailleurs. Il n’est pas juste une invitation à une pensée d’évasion, mais une construction psychique qui lie le temps et l’espace d’une façon nouvelle et inattendue. D’une invitation au voyage, c’est le voyage qui s’invite, à l’insu du sujet.  Le cadre de l’art-thérapeute prend en compte les conditions spatiales, temporelles, matérielles, la composition du groupe, les propositions. Quand il a lieu en institution, il s’articule à celle-ci, sans perdre son identité. L’art-thérapeute décrit son cadre, fixe les séances, leur nombre et leur régularité. Les entretiens préliminaires, amorce de la rencontre, permettent à l’art-thérapeute d’envisager ce qu’il va proposer ou pas.

L’éthique et la déontologie de l’art-thérapeute sont aussi des outils indispensables. Il a des devoirs de confidentialité, de secret professionnel, de respect de la personne, de son intégrité, ses valeurs morales et religieuses. Il est responsable de la signification de la fin d’un suivi.

La supervision, un autre outil indispensable de l’art-thérapeute. En déposant à un professionnel compétent pour assurer sa supervision, les affects et contre-transferts issus de ses rencontres  professionnelles, l’art-thérapeute se débarrasse de ses projections imaginaires. L’art-thérapeute est comme les berges d’une rivière où l’eau effleure, il borde et laisse la place à l’eau du sujet pour s’écouler. Comme pour une berge, il doit veiller à nettoyer ses abords afin que l’eau n’entraîne pas dans son cours, les immondices qui y sont déposés, ou bien que les ronces et l’excès de végétation ne gênent l’espace d’écoulement.

La covision, les rencontres avec d’autres professionnels, ouvrent l’art-thérapeute dans sa pratique et le confrontent à celles d’autres professionnels, l’enrichissant d’autres regards et idées. Elle lui apporte une place au sein d’une communauté de professionnels.

La recherche, celle qui inscrit l’art-thérapeute dans l’établissement d’une problématique sincère et un travail sérieux, avec d’autres professionnels, faisant naître de nouvelles problématiques et travaux sérieux…

Les outils ici cités ne sont pas exhaustifs, car comme ceux du bricoleur, ils sont non seulement à entretenir, mais aussi à inventer en permanence. L’art-thérapeute est cet inventeur d’espaces poétiques où un tunnel étroit et sombre du psychisme peut s’ouvrir à une verte vallée.